STONEBIRDS – Into the fog​.​.​.​and the filthy air

Posted on 10 mai 2015

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Je me demande quand la Bretagne aura son Cormac Mc Carthy. Non franchement, quand tu vois toute la scène Stoner de cette région, finalement quelqu’un se mettre à y écrire un western perché dans la droite lignée de Méridiens de Sang ne me surprendrait pas plus que ça. D’ailleurs nos héros du jour, STONEBIRDS, ont pour leur premier album Into the fog​.​.​.​and the filthy air, peut-être accouché de la parfaite BO pour un El Topo en broxinavie.

Sans doute parce que leur Stoner, à l’image de leurs compatriotes de HUATA pour le Doom, ne suit pas franchement le credo. Pourtant à la première approche, toute la liturgie est déballée; riffs gras, son vintage, voix sous-mixée un poil ce qu’il faut et une atmosphère qui évoque plus le Rancho de la Luna que les plaines bretonnes. Pourtant dès la deuxième moitié du disque et « Into the Fog », le propos se fait clairement tout autre et va chatouiller du si rabâché Post-Hardcore. Casse-gueule? Certes, mais pari réussi, la musique du trio prend alors une toute autre hauteur.
C’est alors que ce qu’on pensait être la chape de plomb d’un soleil de désert prend son vrai visage de brouillard chamanique. Et viennent alors les ombres se détachant au rythme des trois instruments se superposant parfaitement comme autant de psalmodies et touchant le point primal/primaire de la musique. Celle qui va direct à l’instinct, à un volume profondément déraisonnable jusqu’à faire cracher l’enceinte.

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On dit souvent que trop de groupes français ne sont que la resucée « fromage qui pue » de leurs homologues anglo-saxons. Mais comme les parisiens d’ HANGMAN’S CHAIR avait su acclimater le Sludge de la Nouvelle-Orléans à la capitale française, STONEBIRDS ramène les hallucinations du désert en Bretagne. La poussière californienne tombe des morceaux pour laisser place à une moiteur mal définie, plus spirituelle que naturelle, celle de la transe, du Départ vers Ailleurs. Au vu de l’agencement du disque, il est difficile de l’imaginer autrement que jouer d’une traite, en respectant les montées et descentes qu’il occasionne aux  différentes écoutes.

J’utilise le pluriel, parce qu’une fois ne suffira. Pas pour l’éculée raison « il faut ça pour bien l’appréhender », mais davantage « il faut ça pour aller encore plus haut ». Car si les qualités de Into the fog​.​.​.​and the filthy air se perçoivent tout de suite, c’est le génie d’un disque qui se joue sur le fil du rasoir les pieds dans la boue et la tête dans un autre univers qui devient un peu plus évident chaque fois.

En fait, il fait déjà partie de ces disques qui me redonne envie de me plonger dans la musique lors de ces trop nombreuses périodes de sécheresse musicale.

Titres en écoute sur le Bandcamp (et précommande du disque)