BLUT AUS NORD – Memoria Vetusta III Saturnian Poetry

Posted on 8 avril 2015

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A chaque fois, recevoir un nouvel album de BLUT AUS NORD, c’est un peu paraphraser Omar Shariff « c’est ma grande passion ». Je suis l’entité BAN depuis le milieu des années 90 et les cassettes où l’on m’avait recopié Ultima Thulé et ce que je saurais bien plus tard être les premières démos du groupe, alors sorties sous le nom de VLAD.

BAN

Si je me donne la peine d’évoquer les débuts du groupe allant de pair avec ma découverte de celui-ci ce n’est pas fortuit. Leur dernier album n’est ni plus ni moins que le troisième volet d’une série entamée en 1996 et Memoria Vetusta I : Fathers of the icy ages. Supposée être achevée avec le deuxième disque Memoria Vetusta II : Dialogue with the stars en 2009, le « groupe » vient pourtant agrandir cette branche de la discographie de BAN. Que Vindsval, ou quiconque se cachant derrière cette ombre dirigeant le groupe, choisisse comme titre l’œuvre de jeunesse de Verlaine n’a rien d’innocent. C’est pour BAN un retour à ses débuts et au premier véritable album du groupe, qui marqua les débuts d’un Black païen. Païen pour son propos de haute volée, et ses guitares épiques, BAN collant peu au genre « Metal à flûtiaux et sandales de fêtes du village » qui semble être la panacée du genre. Une œuvre de jeunesse pour Vindsval qui marqua ses vrais débuts, auxquels il semble retourner avec ses « poésies saturniennes ». Tout a un sens, vous dis-je.

Et c’est bien le retour au chant black et aux chœurs, noyés dans les guitares. Mais détail qui change considérablement la donne, cette fois-ci Vindsval s’est adjoint les services d’un véritable batteur et non plus d’une boîte à rythmes, ce qui était devenu un gimmick de la musique froide de BAN, qui cherche toujours plus à s’adresser aux Sens qu’à la Raison. Aux croyances du groupe de se dévoiler désormais à travers l’album le plus organique de la discographie.A la froideur coutumière fait désormais place une chaleur, le seul temple du culte voué par BAN étant la nature nourricière et élévatrice dans son ensemble. Chaque titre est son propre monde mais s’intègre dans un plus grand dessin (d’où vient le titre « Henosis » à votre avis ?), et si chacun commence de façon violente et apparemment détachée des autres, leurs propres variations font apparaître en une écoute complète du disque, une vraie respiration quasi-chamanique. Le travail sur les riffs est toujours aussi précis, et l’apport des chants clairs ainsi que des claviers font que comme toujours, l’aspect monolithique des disques de BAN s’effrite peu à peu et se laisse découvrir sous différentes lumières. Saturnian Poetry est porté de bout en bout par une véritable énergie primale, qui sous de faux atours passéistes et vides, transpire une vraie force que possède désormais peu de disques, Black ou pas. D’ailleurs de Black il n’en possède finalement qu’une très lointaine apparence, peu de disques des débuts du genre visaient ou même achevaient une telle communion véritablement païenne. Plutôt que de changer des idoles par d’autres, BLUT AUS NORD préfère chercher sa voie/voix propre depuis toutes ses années, et retrouver une unité depuis trop longtemps perdue.

Blut-Aus-Nord-Dehn-Sora
Si la superbe pochette de Necrolord est une parfaite illustration de ce que fait ressentir le disque, le travail de Dehn Sora avec ces trois centaures dont le tronc n’est relié qu’au reste de leurs corps que d’un mince « lien » est peut-être plus significatif encore. Outre la figure de la trinité qu’on retrouve plusieurs fois chez BAN, c’est la recherche du lien humain/animal, nature/cosmique… qui est en filigrane. Que ce troisième volet des Memoria Vetusta fasse le lien entre la violence du premier et le voyage spirituel du second n’est pas innocent. Qu’il soit une des œuvres les plus abouties et inspiratrices du groupe non plus.

Ecoute sur Deezer.

Site du Label et page de BLUT AUS NORD.