STEVEN WILSON – Hand.Cannot.Erase

Posted on 8 mars 2015

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J’ai une relation un peu particulière avec la ville de Londres. Certains aller-retours l’année passée. m’en ont donné l’idée d’une ville où tout le monde a sa place mais où n’importe qui pourrait disparaître sans problème.

Vient alors 2015 et le nouvel album solo de STEVEN WILSON Hand.Cannot.Erase . Album dont je n’ai rien écouté ou lu jusqu’à ce moment où je quitte le disquaire avec le LP et le CD sous le bras en promettant de revenir pour le Blu-Ray. Une fois posé et le casque vissé sur les oreilles, je découvre que Wilson développe son disque autour de l’histoire vraie d’une femme dont il aura fallu plus de trois ans pour que ses proches se rendent compte qu’elle était décédée. Pas étonnant que ça lui ait parlé, lui qui a toujours abordé l’effacement de l’individu dans ses différents groupes. Wilson, qui à l’occasion, a pu se faire taxer de vieux nerd passéiste, fait d’ailleurs musicalement une quasi-synthèse des styles qu’il a justement abordé via ses nombreux projets. Si on reste bien sur du Prog’, « what else ? » ai-je envie de demander, fini Alan Parsons à la production, et bienvenue à un son et une composition plus moderne. Si quelqu’un en doute, il se prendra la même claque que moi lors de l’arrivée de « Hand.Cannot.Erase » ou de l’intro presque martiale de « Home Invasion ». Après avoir été sous l’influence des KING CRIMSON ou des JETHRO TULL qu’il remasterisait, Wilson retrouve la diversité d’ Insurgentes son premier album solo.

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Un thème précieux à Wilson, un disque enregistré à Londres et une distance prise avec ses envies de prog’ à l’ancienne… En cherchant la petite bête Hand.Cannot.Erase  serait-il son premier « véritable » album solo ? C’est en tout cas un disque plus aventureux, mêlant une légèreté mélancolique évoquée par l’héroïne, à laquelle la chanteuse Nina Tayeb prête sa voix, et la froideur induite par les programmations quasi Indus. C’est aussi en ça que le frontman de PORCUPINE TREE dresse l’histoire cruelle d’une ville qui se renouvelle sans cesse en laissant les traces de son passé derrière elle. « Routine » pourrait être la parfaite BO d’un retour à pied nocturne dans la périphérie londonienne, « Home Invasion », la musique d’ambiance matraquée dans le métro tant chacun porte maintenant ses propres aspirations ratées du matin au soir, ou la pièce maîtresse de l’album « Ancestral » deviendrait, elle, la parfaite épiphanie douloureuse d’un monde où l’on est personne. Si chacun des morceaux s’articule parfaitement c’est aussi par un retour à un plus important travail de studio. Insurgentes était un carnet de voyage assemblé à travers le monde, Grace For Drowning et encore davantage The Raven Who Refused to Sing laissaient la part belle à l’enregistrement live centré autour du seul groupe. Hand.Cannot.Erase replace la vision de Steven Wilson au centre de l’album ainsi que ses divers parcours. Il en devient un album synthèse du meilleur de son auteur et la peinture aussi violente que poignante d’un monde où chacun est sa propre star en vase clos.

Encore une fois essoré par la musique de cet éternel nerd progueux à lunettes et aux éternels pieds nus en live, je me demande si je ne retournerais pas à Londres…