D’écrire la musique et, heu….

Posted on 2 février 2015

0



Je relisais récemment avec un plaisir masochiste les 20 règles du journalisme musical sur feu le blog « J’irais verser du nuoc-mam sur tes tripes ». Masochiste, car si la liste me fait toujours rire, votre Serviteur s’est fourvoyé plus d’une fois dans les travers énoncé. Et je peux confirmer que cette activité ne rend pas plus riche. Mais alors VRAIMENT PAS.

C’est que dans les obscures années de gloriole où j’œuvrais pour des webzines, ce que je pouvais espérer de mieux, c’était des exemplaires presse des disques et des pass pour les concerts. Pour ces derniers, ne pas espérer être backstage de METALLICA ou MOTORHEAD, à moins d’être zicos (et encore) ou d’être une… Non, je vais me taire, je n’ai guère envie de froisser le peu de lectorat féminin que j’ai.

Soyons honnêtes ; dans le genre activité de Nerd, écrire sur la musique arrive probablement dans le classement de tête avec réciter de mémoire la deuxième édition de Donjons et Dragons et disserter sur les premières années de la guerre Jobs/Gates. A ce jour d’ailleurs Lester Bangs reste le rêve humide de bien des aspirants de la cause. C’en est presque à se demander pourquoi, tant la légende fumeuse du personnage a pris le pas sur des écrits dont certains ont salement vieillis. Ne faites donc pas les offusqués. Même la Joconde et Hunter T. Thompson subissent les outrages du temps. Et de toute façon, le journalisme musical, pour peu qu’on soit intègre à un moment ou à un autre, se verra toujours sanctionné par l’Histoire. C’est d’ailleurs une des règles énoncées plus haut, ne pas avoir peur de se tromper au final. Parce que ça arrivera, fatalement.

Mais que pourrait-il y avoir de Rock N’Roll dans la carrière de journaliste musical alors que les rockeurs eux-mêmes ne le sont plus ? On porte Lemmy au pinacle comme s’il était la caution ultime, la trace d’un monde à jamais disparu et dont les admirateurs semblent déjà l’avoir mis sous vide avec la mention « brisez la glace en cas d’apocalypse » ? Il n’y a plus de rockstars, et le revival bande-mou des eighties spandex et chevelures de garçon coiffeur n’y changera rien. Triste tentative de faire revivre un âge d’or qui n’a jamais vraiment existé si ce n’est à l’intérieur d’Hollywood Boulevard et des journaux de l’époque. Déjà le Glam-rock US, parodie sauce Reagan du style originel anglais, cherchait à faire revivre la mythologie des demi-dieux à guitares et amplis. Ces Jackass avant l’heure du binaire crurent bon au mythe Prométhéen en en oubliant la fin. Peine perdue, durant la décennie précédente LED ZEPPELIN était un quatuor de demi-dieux daignant frayer parmi les mortels et personne n’atteint plus jamais leur apothéose. D’autant que la mort du batteur sonna celle du groupe, ce qui leur évita pire que la séparation : devoir survivre aux années 80.

Et ensuite? Pas un grand groupe qui ne soit devenu peu ou prou une caricature de lui-même, quand ce n’est pas son public qui s’en charge. A ce niveau-là d’ailleurs les fans autoproclamés « hardcore » de METALLICA battent des records. Ça fait bientôt 30 que Cliff est mort, si même ses plus proches potes ont fait le deuil, qui sont-ils pour continuez à le pleurer ? Qu’ils se trouvent une meuf, une vie et des potes ou qu’ils passent à un autre groupe.

Parce qu’il y en a un bon paquet de groupes. Et j’avoue que mes plus gros coups de cœurs furent des obscurs, des sans-grades mais du lourd. En la matière EIBON reste toujours une de mes plus solides baffes, et ce depuis le split avec HANGMAN’S CHAIR. Allez les écouter, ça donnera un sens à votre vie. Et après une année de célébration du centenaire de la Grande Guerre, du sludge qui mêle Lovecraft et les tranchées, ça ne se refuse pas.

Alors rien de glamour dans le fait d’être gratte-papier du bon son? Non ou si peu. A l’image de ce que ça a fait à la musique, le journalisme musical s’est dilué dans le réseau et a appris à exister à une moindre échelle. Il n’y a peut-être plus de grand journaliste musical  de même qu’il n’y a plus de grand DJ. John Peel repose désormais en paix et le peuple se fait ses propres playlists pour le pire, mais aussi parfois le meilleur. Car oui le bon et le mauvais vont de pair, les groupes existent à plus petite dimension avec tout ce que ça comporte. WEEZER par exemple, aurait pu être le plus grand groupe de rock du monde. Ils sont finalement à l’image de la culture dite « geek », auto-suffisante et légèrement exaspérante. MASTODON, en revanche, poursuit allègrement ses élucubrations musicales pouvant aussi bien satisfaire les fans de SLAYER ou TOOL. Et justifie sa position de référence tout en évoluant.

Finalement le blogueur ou chroniqueur de Webzine, ne faisait que préparer à une nouvelle étape du public musical : le public-acteur. Celui qui va retrouver une place décisive dans les courants musicaux et qui n’ouvrira plus seulement la bouche à chaque pelletée que lui bêchera bien aimablement les labels sans trop d’efforts d’imagination.

– Billet écrit avec le doux et subtil Remission de MASTODON dans les esgourdes.

Posted in: Billets d'humeur