FADE TO BLACK / Des femmes et de la musique 1

Posted on 8 avril 2014

0



« Somebody was trying to tell me that CDs are better than vinyl because they don’t have any surface noise. I said, « Listen, mate, life, has surface noise. » Voilà ce que disait John Peel, le sacro-saint DJ britannique et ardent défenseur du vinyle. Comme d’habitude, l’aphorisme du sage a résumé ma pensée par avance. J’adore ce foutu support, pour son fond, sa forme, et tout ce qui a pu le faire détester par d’autres. Pour en avoir accumulé une somme respectable, je sais qu’elles sont lourdes ces foutues galettes, qu’il faut en prendre soin, voire même les entretenir, que leur écoute demande un préparatif et une attention soutenue aussi bien pour la musique que pour avoir à changer de face. Et c’est ce qui me plait : cet inconfort. Parce qu’il rappelle, à contre-courant de ce qu’on cherche à nous matraquer chaque jour, que ta vie n’est pas ce que les comédies romantiques avec Katherine Heigl ou les vidéos avec Tori Black essayent de te vendre. Rien n’est fait pour être confortable, et ce n’est pas un hasard si tu deviens adulte en comprenant le sens des mots « mort » et « impôts ».

La sentence étant prononcée, votre serviteur peut désormais passer à un aspect de la vie du mélomane où la facilité n’est jamais vraiment de mise. Un monde, où, en comparaison, faire un championnat de cloche-pied dans un champ de mines serait une sinécure.

Il est évident qu’il sera question des femmes.

On excusera encore une fois qu’un homme écrive sur sa vision des femmes et de la musique, Nick Hornby ayant quasiment été définitif sur le sujet. Même si ça peut paraitre misogyne, mais je n’ai encore jamais connu de pendant féminin à Rob Fleming/Gordon. Si cela existe merci de m’en envoyer la référence. Et un pack de bières ambrées. (NB : Note de la correctrice et épouse : Va chier.)

My body, my pad, my ride, my family, my church, my boys, my girls, my MUSIC

My body, my pad, my ride, my family, my church, my boys, my girls, my MUSIC

Je ne sais pas ce que j’ai le plus fait vis à vis d’elles : écouter leur musique pour tenter de me rapprocher d’elles quand j’étais déjà en couple ou quand je ne l’étais pas. Et que généralement je ne le fus jamais. De toute manière, une femme pour qui la musique n’est qu’un fond sonore, ou dont les goûts sont d’une banalité à faire chialer une statue m’aurait difficilement intéressé. Au passage, nul n’est besoin de faire des piles jusqu’au plafond avec ses disques pour ça. Mais si elle a le « truc » pour en parler, ça déclenche tout. D’ailleurs, elle ne commence vraiment à parler de musique que s’il y a une vraie complicité. Quand elle dépasse le motif pour vraiment dire ce qui fait qu’elle vibre pour un groupe, une chanson… Inutile de vous dire que ça exclue les fans de Rihanna, ce qui n’est pas tant un jugement de valeur qu’une constatation. Il y a la musique qui parle à la tête, au cœur ou au cul. Ce dernier élément n’est pas pour me déplaire, mais il a peu de conversation à avoir après le coït. Et j’aime bien m’écouter parler.

Si le fait d’être un fanatique de musique vous met déjà dans une case pas bien grande dans le mercato féminin, ai-je vraiment à préciser la conséquence d’être en plus fan de musiques extrêmes ou underground? Dans le vrai monde de la réalité  véritable, déballer lors du rituel de séduction que vous avez adoré le dernier disque de DEICIDE revient à se retrouver comme Indiana Jones sur le pont de lianes la machette à la main. Et quand elle vous demande quel genre de musique c’est, vous avez déjà commencé à bien trancher les supports. De toute façon, jeune dragueur qui m’écoute, parle toujours du fait que tu joues de la musique, jamais que tu en écoutes. Une sonate au piano ou un air bien troussé à la guitare te donnera plus certainement ce que tu cherches que les élucubrations sur l’esprit originel du Black Metal ou pourquoi Lemmy et Philthy auraient dû buter Philippe Manoeuvre. Extreme music for extreme people » affichait fièrement et avec finesse MORBID ANGEL sur ses t-shirts. On aurait pu rajouter « and for extreme dating too« . On n’est pas fan de SLAYER pour un été comme le faisait si bien remarquer Rob Zombie, ça a donc fatalement des conséquences sur ce qu’on renvoie aux femmes. Et sur les histoires qu’on a avec elles.

De fait, si j’ai fréquenté pas mal de filles ayant le Metal ou le Rock dans leurs préférences, elles sont finalement peu à m’avoir marqué. Et là on parle d’une période des études, celle où la fan hardcore de Talena, « l’éternelle » bassiste de KITTIE, finira adepte d’électro moldave digéré à force de pilules multicolores quelques années plus tard.

Talena Atfield, modèle et fantasme de la metaleuse du début des années 2000 aux côtés de Sandra Nasic

Talena Atfield, modèle et fantasme de la metaleuse du début des années 2000 aux côtés de Sandra Nasic

Ce qui était le cas de Stéphanie.Ca n’aura duré que quelques mois bien sûr, comme beaucoup de mes relations de l’époque de toute manière.

Etre avec elle, c’était se rejouer un morceau de Neo-Metal façon FANTOMAS, ça envoyait sévère au nouveau de la basse et de la pose, bel euphémisme pour le sexe, mais ça pouvait se transformer en polka ou en opéra Wagnérien la mesure d’après. La fameuse « passion » en somme, celle qui fait l’essence des films et des romans. Mais ce qui est vrai pour 1H30 de métrage ou 300 pages l’est moins quand on revient au monde qui suit le générique de fin ou la quatrième de couverture. Elle avait l’habitude de musiciens, et pour une fois j’étais l’erreur systémique. Juste capable d’aligner quelques accords à la guitare, pourtant elle avait accroché avec moi. Le fait de faire deux têtes et 20 kilos de plus que bien de ses exs zicos a pu jouer. Ca ou le fait qu’on puisse écouter un disque assis l’un contre l’autre sans rien dire. Etait-elle spécialement canon? Non, c’était loin d’être un top tout comme je suis loin d’être Clooney, mais elle avait cet éclat en plus. La réputation qu’elle avait de se taper tout ce qui bouge ne m’ait venu que plus tard aux oreilles et je n’en avais rien à foutre. Elle m’accompagnait dans tout ce qu’il pouvait y avoir de concerts Metal aux alentours. Fan d’EMPEROR, elle m’a fait écouter « Anthems to the Welkins at Dusk« , je lui faisais découvrir BLUT AUS NORD. Elle vénérait le « and all that could have been » de NINE INCH NAILS au point de le citer sans cesse. Le t-shirt MARDUK qu’elle m’avait offert a longtemps trôné dans mes affaires, bien après que je l’ai plaqué comme une malpropre. Une façon d’affirmer mon indépendance. Ou plutôt de ne pas assumer ses problèmes psys et de regarder ailleurs. De fuir quoi.

"L'auteur finissant cet article" 2014 artiste anonyme

« L’auteur finissant cet article » 2014 artiste anonyme

Une histoire de quelques mois, qui fut pourtant le prototype de bien des histoires sérieuses que j’aurais par la suite. On pense que les choses devraient se passer d’une façon aussi jouissive qu’une cavalcade de guitares dans un bon vieux morceaux d’IRON MAIDEN. Et finalement ça se passe plutôt comme un tremplin musical de province, avec la trouille, l’excitation et le quota de tomates pourries balancées à la tronche en cas de fausses notes. C’est aussi comme ça que j’ai découvert que j’étais atteint d’une maladie bien particulière : celle du fan de la première heure de METALLICA. Une maladie que j’ai surnommé « Fan to black », « Gros four » et j’en passe. Le principe est simple, prenez un chevelu fan des débuts de James Hetfield et sa bande et imaginez-le ressasser la trahison ressentie après le Black Album. Imaginez-le cracher sur le groupe et regretter la bonne époque chaque fois qu’il en entend parler. Visualisez un mec engoncé dans le perfecto usé de ses certitudes et regrets, baigné dans un parfait mélange de colère et de nostalgie. Inspirez un grand coup et conceptualisez son envie de retour aux sources à chaque sortie du groupe sans vraiment trop y croire. Avant de rouvrir les yeux, regardez-le écouter en boucle les bootlegs live du groupe, de préférence quand Cliff Burton était encore vivant.

Vous aurez une parfaite idée de ma relation avec les femmes.

To be continued…

Article écrit avec en fond sonore:
SWANSMy Father Will Guide Me Up a Rope to the Sky
LAIBACHOpus Dei
LEVIATHANTrue traitor True Whore
NINE INCH NAILS – Pretty Hate Machine