DISSECTION – Reinkaos

Posted on 22 février 2014

0



J’avoue un penchant quelque peu pervers pour les sorties de piste, les erreurs dans le parcours d’un musicien, d’un cinéaste, et autres artisans du même acabit. Quand finalement ceux-ci ne font pas ce qu’on attend d’eux et œuvrent à contre-courant du bon sens, de leur public, de leurs précédents faits d’armes. Mais, pourvu qu’ils le fassent en toute intégrité, et ce qui ne pourrait être qu’une vaste blague devient tout de suite bien plus passionnant et révélateur. Le client du jour, pour ce genre de méfait dans la sphère de la musique Metal, est le dernier album de DISSECTION, Reinkaos, qui aura bien fait couler de l’encre à sa sortie jusqu’au propre sang de son maitre d’œuvre, Jon nödtveidt.

Rappel des faits : DISSECTION a sorti dans les années 90 The Somberlain et Storm of the Light’s Bane, deux albums mêlant alors parfaitement les genres ennemis de l’époque, le Death et le Black Metal. Il en a résulté pour le groupe signé chez Nuclear Blast, une aura énorme et un succès qui l’annonçait déjà aux cotés des plus grands. Mais côtoyer le Malin c’est parfois aussi en payer le prix : Jon, leader du groupe, se retrouve incarcéré pour complice de meurtre. Nous sommes en 1997, fin du groupe, et, comme bien souvent, ce genre d’évènement va amener une sacralisation des disques déjà sortis.

dissection_reinkaos_inside
2004. Jon sort de prison et reforme DISSECTION autour d’un nouveau line-up, et livre un EP, Maha-Kali, qui fait hurler tout le monde. Et ce n’était qu’un avant-goût de l’album à venir qui marquait la renaissance du groupe et une nouvelle ère. Et le voilà enfin, ce Reinkaos, un disque qui devrait donc plus au Death mélodique « à la » IN FLAMES qu’aux charges démoniaques qui étaient alors l’apanage du groupe. Une trahison à l’esprit des débuts, une hérésie, on en passe et des meilleures…

Le souci c’est que depuis, cet album, c’est un peu le Necronomicon pour certains. Les compatriotes de Jon, les joyeux lurons de WATAIN, l’ont eu comme disque de chevet au moment de sortir Sworn To The Dark qui allait les faire passer à un tout autre niveau. Certains journalistes allant jusqu’à dire que c’était le disque que DISSECTION aurait dû sortir. WATAIN ira d’ailleurs jusqu’à recruter dans ses rangs Seit Teitan, le second guitariste de la dernière incarnation de DISSECTION. Consanguinité oblige, durant les derniers concerts de ce groupe, c’est Erik Danielsson, chanteur de WATAIN qui tenait la basse. Toujours dans l’entourage du groupe un certain Selim Lemouchi, leader de feu THE DEVIL’S BLOOD (tiré d’un titre de WATAIN…) faisait trôner le vinyle de Reinkaos dans son appart’, aussi ravagé que lui d’ailleurs. Parce que c’est bien d’un grand disque malade dont il est question. Délaissant la technicité du Death et les oripeaux macabres du Black, Reinkaos choisit un hybride Thrash / Death dépouillé et direct pour laisser Jon hurler les paroles tirées des enseignements du Misanthropic Luciferian Order dont il faisait partie en se basant sur les écrits de cet ordre. Ce DISSECTION ne visait pas un disque qui cartonnerait dans les festivals mais enregistrait bien un rituel sur disque. Le genre de manifestation ésotérique dont tous les groupes de Metal autoproclamés extrêmes veulent faire alors qu’ils n’accouchent que d’œuvres aussi chiantes et propres qu’une première communion. La valse des musiciens autour de cet album s’expliquant mieux quand on sait l’implication de ses principaux membres au niveau ésotérique. Et oui, des titres comme « Starless Aeon », « Dark Mother Divine » ou « God Of Forbidden Light » sont de bonnes baffes dans la gueule. Au point d’en envahir la setlist live du groupe, quitte à en prendre quasiment la moitié du dernier concert donné par le groupe, peu de temps avant que Jon ne se tue, estimant avoir accompli tout ce qu’il avait à faire.

Et pour ceux ayant bien fait tourner le disque dans les platines/lecteurs CD/MP3, l’évidence reste la même Reinkaos n’est pas un disque confortable. Mais bien un disque maudit dans tous les sens du terme. Jon aura finalement réussi sa grande œuvre, un sabbat à en faire hurler des refrains ésotériques quitte à en délaisser ses cavalcades guitaresques issues de ses premiers amours de Metalhead avec IRON MAIDEN. Mais après tout, les possédés n’ont jamais été envoyés au bûcher pour leur virtuosité musicale.