TRIPTYKON – Eparistera Daimones

Posted on 11 mars 2012

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Quelques notes lancées dans le vide, puis une montée se faisant de plus en plus perçante, une accalmie, tout ceci avant que le « huh » d’usage vienne sonner la charge des quatre cavaliers.

TRIPTYKON, un nom sonnant comme un aboutissement pour Tom Gabriel Fischer. Après HELLHAMMER, après CELTIC FROST, deux groupes aujourd’hui cultes et dont le dernier avait signé un retour sans pareil avec le noir et superbe album Monotheist en 2006. Aujourd’hui, Fischer a tourné la page. Définitivement cette fois-ci. En assumant l’héritage d’HELLHAMMER, groupuscule bruitiste de sa jeunesse, à l’époque de sa courte existence honni par toi et aujourd’hui culte. En achevant CELTIC FROST pour la deuxième et dernière fois, en coupant les ponts avec ses anciens partenaires et en se reconstruisant à travers TRIPTYKON. Et ce Eparistera Daimones « à ma gauche les démons », de continuer les choses là où le pourtant définitif Monotheist les avait laissé.

Car Monotheist, s’il n’avait pas été aussi avant-gardiste que les précédents ouvrages de CELTIC FROST avait donné le La du genre il y a quelques années, véritable bijou sculptée avec patience par ses deux géniteurs, Martin Ain et Tom Fischer. Qui se retrouve seul à la barre de son vaisseau fantôme aujourd’hui, et sans son compagnon d’infortune, s’enfonce davantage dans les ténèbres. Moins monolithique que son grand frère, Eparistera Daimones, comporte plus d’aspérités dans sa colère. Un style toujours aussi froid, glacial, mais doté d’une mélancolie et hargne sincère, d’une authenticité absentes de bien des groupes. Plus que la copie carbone de Monotheist, sa structure est identique, avec un final de 20 minutes, Eparistera Daimones est à l’image de son géniteur, une œuvre assumant le passé, et réglant ses comptes. Avec le « Goetia » d’ouverture, le nom de Satan est enfin prononcé par Fischer après des années de non-dit au sein de ces autres groupes, sur « In Shrouds Decayed » un chant plaintif, réminiscence de l’album Into The Pandemonium se fait entendre, « Myopic Empire », écrit peu après le premier split de CELTIC FROST, semble comme une prophétie sur les trahisons au sein d’un groupe…

Lorsque se conclue le magnifique « The prolonging », frère bâtard du « Synagoga Satanae » de Monotheist, le voyage à travers le désormais Doom bruitiste et polymorphe laisse l’auditeur exsangue, 70 minutes d’un tel périple ne laissant pas indemne. Même la couverture, tirée d’une œuvre de Giger, comme la couverture de cette pièce maîtresse qu’était To Mega Therion le hurle ; TRIPTYKON est en l’état la somme des expériences passées de Fischer. Une œuvre en forme de bilan, comme pour mieux repartir, de ce statut « d’intermédiaire » ne naît qu’une envie, ce que l’avenir fera faire à cette nouvelle horde.